« Qu’est-ce que l’art ? » par Pascal Robaglia

C’est une question fondamentale que nous devons nous poser depuis la naissance de l’art conceptuel parfaitement illustré par Marcel Duchamp qui, par un acte provocateur fondateur de la naissance de l’art contemporain, expose en 1917 un urinoir inversé qu’il intitule « Fontaine ». Il l’avait acheté dans un magasin de plomberie et de sanitaires de la société J.L. Mott Iron Works, à New York… Il le signe à la peinture noire, malicieusement et anonymement, « R. Mutt », Richard Mutt. Un jeu de mots comme l’auteur de la Joconde à moustache intitulée « L.H.O.O.Q. », Mutt signifie crétin, ou clébard. Richard le crétin, le cabot. Mutt est un clin d’œil discret à l’entreprise Mott qui a fabriqué l’urinoir.

art
Succession Marcel Duchamp / ADAGP / Agence photo de la RMN-GP / Christian Bahier / Philippe Mige.

La réplique de sa « Fontaine » scandaleuse, signée par Duchamp lui-même, fait partie de la collection du Centre Pompidou. Le premier urinoir en porcelaine de Marcel Duchamp a été perdu. En 1964, ce dernier a autorisé sa réédition en faïence à huit exemplaires, à la demande d’un collectionneur et galeriste milanais. Un dessinateur industriel a redessiné la pièce originale grâce à une photographie de 1917, réplique parfaite signée par Duchamp, devenue du coup une « réelle » œuvre par moulage. L’Etat a acquis en 1986, pour une somme équivalent à 232 000 €, l’un de ces urinoirs pour le Centre Pompidou : l’exemplaire « Rrose, no 3 », exposé à Beaubourg. Il est estimé aujourd’hui à près de 3 M€. Le statut d’œuvre d’art est matérialisé par l’achat d’un musée qui cautionne ainsi cette nouvelle forme d’art.

Cet acte va faire exploser le monde feutré et structuré des salons et expositions.

La difficulté à définir l’art aujourd’hui tient à ce que le statut de l’art est devenu problématique. Qu’est-ce qui est de l’art ? Qu’est-ce qui n’en est pas ? Est art ce qui est désigné par le mot, peu importe de quoi il s’agit. Des excréments en boîte sont de l’art puisque des musées et les collectionneurs les achètent et que le titre même de l’ « œuvre » : » Merde de l’artiste » fait référence à l’art. (Piero Manzoni)

L’art est inscrit dans notre culture comme une valeur suprême institutionnalisée par les Musées et les Etats depuis la plus haute antiquité. Ce haut niveau d’exigence induit la notion que l’art n’a donc pas n’importe quel contenu, il prend pour objet ce qui émeut l’homme, ce qui le concerne intimement, ce qui renvoie aussi bien à des thèmes éternels qu’à des préoccupations précises, liées à un contexte particulier à une philosophie : il est le meilleur moyen dont on puisse disposer pour pénétrer dans l’esprit d’une culture. Et il est aussi le meilleur moyen pour se comprendre le devenir de l’homme et de la société.

Cette haute exigence culturelle induite dans la notion d’art ne signifie pas que l’art doit être austère, élitiste, compliqué : il peut y avoir un art léger, décoratif, ludique, qui nous laisse simplement aller à une rêverie et provoque en nous une émotion, une réflexion sur nous-mêmes, la condition humaine et le monde dans lequel nous vivons.

L’art serait donc ce point de convergence de la matérialisation de la pensée créatrice de l’homme.

Tribune proposée par Pascal Robaglia, galeriste à la galerie Gilbet Bard, 31 b avenue horace vernet, 78110 le vesinet.

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